Mois : octobre 2019 Page 1 sur 17

LES LARMES DU VIEIL HOMME

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Mon grand-père Ă©tait un type curieux. Il manquait de tact et de nuances, mais il aimait dĂ©battre ; aujourd’hui cela nous semble incongru, nous sommes dans un monde oĂą tout le monde est d’accord et on n’hĂ©site pas Ă  remettre dans le droit chemin ceux qui veulent en sortir. On vit policĂ©s et sereins c’est ainsi et il nous reste les souvenirs voir les regrets. Somme toute, Ă  bien y regarder, que tout le monde pense pareil et que le monde soit prĂ©visible, c’est mieux comme ça : l’ennui s’est substituĂ© Ă  la surprise et l’habitude Ă  l’étonnement.

Il ne fallait pas lancer mon grand-père sur des sujets comme la politique, le cinĂ©ma ou la musique. Il aimait la controverse et cela faisait enrager ma grand-mère, une femme sĂ©vère qui voulait Ă©viter avant tout les Ă©clats de voix ou les fâcheries d’oĂą qu’elles viennent. Elle voyait bien comment le monde tournait bien qu’elle n’en pensait pas moins elle ne voulait pas en ĂŞtre exclue et se conformait Ă  la norme. Cela pouvait se comprendre ; c’était dangereux dĂ©jĂ  de sortir des sentiers battus. Cela toujours Ă©tĂ© d’ailleurs. Ainsi, bien qu’elle ne regardait jamais la tĂ©lĂ©, elle encourageait les discussions banales sur les sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es ou sur les matchs de foot. Mon grand-père n’y prenait jamais part. Il se retirait dans un silence ostentatoire. Ainsi il ne se disputait pas avec mon père, obtempĂ©rant aux impĂ©ratifs de sa femme. Pour le reste nous Ă©tions une famille unie et j’ai eu une enfance heureuse : il faut dire ainsi dĂ©sormais.

Je me souviens que tout enfant, Grand-Père me faisait manger des gâteaux que l’on me cachait car on craignait le diabète comme ona avit craint la peste au Moyen-Age. La chasse au diabète c’était l’obsession maternelle qui me refusait toute alimentation sucrĂ©e. Vous le savez bien : on est attirĂ© toujours par ce que l’on vous refuse. Ainsi, aujourd’hui, je mets deux sucres dans mon cafĂ© et mĂŞme parfois trois lorsqu’Anna me fait du thĂ© vert : « c’est fade sinon ! Â». Grand-Père me chantait un air que j’ai souvent en tĂŞte Â« mon papa ne veux pas que je danse, que je danse la polka Â». Il n’y avait rien de malicieux Ă  cela mais Grand-Mère trouvait qu’il Ă©tait trop bruyant et elle me mettait « Pierre et Loup Â» en boucle. Il fallait se cultiver

La grande occupation de Grand-Père c’était « les toros Â», comme il disait. Bien que le procès en rĂ©habilitation Ă©tait terminĂ© et que l’on avait dĂ©clarĂ© la tauromachie dĂ©finitivement lĂ©gale, elle sentait encore le souffre. Elle Ă©tait donc destinĂ©e Ă  une petite minoritĂ© de passionnĂ©s, un milieu interlope souvent âgĂ© et rural. Cela demeurait un sujet tabou dans la –bonne- sociĂ©tĂ© oĂą je vivais et Ă  l’école Montessori, oĂą les maillots des champions de foot faisaient fureur, le thème n’était jamais Ă©voquĂ©.

Mon Grand-Père bidouillait son ordinateur et passait ses journĂ©es devant Canal Plus Toros qu’il avait appris Ă  dĂ©tourner. Petit, après la sieste obligatoire, j’aimais bien monter sur ses genoux et regarder avec lui Â« les toros Â». Grand-Mère mettait bon ordre Ă  ce dĂ©sordre, m’intimant d’écouter Â« Pierre et le loup Â». D’ailleurs j’aimais bien cette histoire de loup aussi. Mais Grand-Père avait les genoux moelleux et la chaleur de son corps rĂ©chauffait ma petite âme. Je ne comprenais rien Ă  ce qu’il se passait sur l’écran mais j’aimais ce sombre et violent animal lancĂ© sur la piste sortant d’un couloir obscur et dĂ©fiĂ© par les hommes en lumière. Le coup d’épĂ©e final et le sang versĂ©, sortant parfois par la bouche en violentes cascades, me fascinait au lieu de m’effrayer ou m’écĹ“urer comme mes camarades Ă  qui je le racontais Ă  la rĂ©crĂ© et qui poussaient des cris effarĂ©s par tant de cruautĂ©. J’étais rĂ©putĂ© insensible, on se mĂ©fiait de moi et j’avais peu d’amis.

En rĂ©alitĂ©, je grandissais avec cette passion, voilĂ  tout, et je me surpris vite Ă  reconnaĂ®tre tel ou tel matador, Ă  identifier mĂŞme les banderilleros et, ce qui faisait la fiertĂ© de mon grand-père, je reconnaissais les paso-dobles, les nommant par leurs titres espagnols. Un langage que j’appris beaucoup plus tard. Grand-père en tirait argument :

-Tu vois c’est utile pour lui, il apprend une langue… et en plus il entretient sa mémoire.

Je n’avais dĂ©jĂ  plus l’âge d’être sur ses genoux mais celui de regarder avec lui, assis derrière son dos sur un tabouret. J’avais lu Â«  Comprendre la corrida Â» et, sur ma tablette, je me plongeai quotidiennement dans Â« Corridasi Â» ou Â« Mexico Aztecas y Toros Â». Grand-Père me racontais ses voyages merveilleux au Mexique, au PĂ©rou ou en Colombie. Il s’était cassĂ© la cheville en faisant Â« le tĂ©lĂ©phone Â» chez Piedras Negras avec Angelino des Arriaga.

-La vache semblait gentille pourtant…

-Arrêtes de radoter, disait Grand-Mère pour qui cela n’était qu’une rengaine.

En tout cas, cela nourrissait mes rĂŞves et j’avais dĂ©jĂ  des idĂ©es dĂ©finitives : le tiers de piques Ă©tait fondamental, la loi des figuras condamnable et le toro le critère dĂ©finitif du drame taurin. Grand-père soupirait Ă  mon intransigeance… Mais il la supportait car il faut bien que jeunesse passe. La veille de mes 13 ans, il me dit, solennel :

-J’ai une surprise pour ton anniversaire… Je t’emmène dimanche à la corrida.

A ma grande surprise, Grand-Mère ne dit rien, se contentant d’une moue dĂ©sapprobatrice :

-Il faudra voir si ses parents sont d’accord…

Ma mère le serait de toute façon. Je le savais d’avance. Pouvait-elle me refuser quelque chose d’aussi essentiel ? Mon père Ă©tait toujours d’accord avec elle. L’affaire Ă©tait dans le sac. J’avoue, je le peux le dire aujourd’hui : toute la journĂ©e, mes rĂŞves, mes dĂ©sirs Ă©taient tendus vers ce fameux jour. On m’offrit l’affiche du jour. Elle Ă©tait ringarde Ă  souhait et Grand-Père me montra les e-billets que mon père avait sĂ©lectionnĂ© pour lui sur le site de l’empresa, une simple feuille de papier avec un simple code barre –il y avait longtemps que l’on n’imprimait plus de vrais billets que l’on ne trouvait que chez les collectionneurs. C’était le Graal. Cet instant occupait mon esprit Ă  tout instant. Ce fut la première de mes obsessions. Avant mĂŞme mes premières frĂ©nĂ©sies amoureuses.

Cette nuit-là, j’eus un songe qui me réveilla trempé de sueur. Un mauvais coup de corne avait atteint Luis del Bosque, un torero que j’aimais beaucoup. Personne ne venait à son secours et le toro, campé devant son corps déchiqueté, semblait le garder disloqué, ensanglanté, comme une sorte de trophée. Sans doute je n’avais pas pu supporter ce spectacle effroyable vu de la barrera que l’on m’avait offert. Grand-Père, à mes côtés, était resté parfaitement indifférent. Je jetais alors ma veste pour détourner l’animal et… je me réveillais sans savoir si cela avait eu un effet quelconque.

Le matin mon grand-père semblait très excitĂ©. Il parlait beaucoup. Il avait mis sa goyavera bleue, « achetĂ©e au marchĂ© de Cuernavaca Â» comme il le rĂ©pĂ©tait Ă  tout le monde. J’avais passĂ© la fameuse veste jetĂ©e dans mon rĂŞve. Je l’avais choisie sans doute pour exorciser cette angoisse que je ne pourrais plus oublier. Et nous voilĂ  parti pour le Â« coso Â» comme il disait… Il avait un grand sourire et n’hĂ©sitait pas Ă  s’adresser aux uns et aux autres, au hasard des rencontres :

-C’est mon petit-fils. Il vient voir sa première corrida…

Ainsi nous arrivions Ă  la porte A. Ombre. Il y avait peu de monde, c’était tĂ´t encore. Un cerbère vĂŞtu de noir, demanda :

-L’enfant a moins de 14 ans ?

-Pourquoi ? dit mon grand-père, surpris…

– C’est interdit au moins de 14 ans.

Le cerbère montra une affichette indiquant : Â« Par dĂ©cision municipale, en vertu des considĂ©rations morales et par souci de protection de la jeunesse, ce spectacle est interdit aux enfants de moins de quatorze ans. SignĂ© : le maire AndrĂ© Dupont Â».

-Mais…

-Interdit c’est interdit, il n’y a pas de « mais Â». La consigne c’est la consigne.

Nous étions coincés entre la foule et l’irascible gardien du temple. Je fus obligé de tirer Grand-Père par la chemise. Il résistait, barrant la route au flot des spectateurs arrivant, les prenant à témoin, essayant d’argumenter. Le vigile buté autant que zélé nous bouscula. Je souhaitais partir plutôt qu’affronter le scandale et tous mes désirs étaient envolés. De toute façon, même si par miracle nous pouvions entrer, mon ardeur était éteinte.

Il se dĂ©battait, et personne pour prendre notre dĂ©fense. Personne Ă  qui se plaindre ; avec qui s’expliquer. Grand-père gesticulait mais bientĂ´t il dut faire demi-tour : il semblait alors dĂ©truit, anĂ©anti. Son dĂ©sespoir paraissait immense ; Ă  cĂ´tĂ© ma peine Ă©tait lĂ©gère, car je savais que je reviendrais. J’avais toute la vie devant moi. Le chagrin Ă©tait pour lui, dĂ©sormais si fragile. Son impuissance m’émouvait : dieu mĂ©lancolique, solitaire et sarcastique, il tombait dĂ©sormais de son panthĂ©on ou du mien plutĂ´t. Devenu dĂ©sormais faible et vulnĂ©rable, j’étais le tĂ©moin de sa chute.

Il entrait dĂ©sormais dans sa dernière ligne droite. Il n’appartiendrait pas Ă  se monde dur et cruel qui se profilait. De toute façon, il ne lui aurait pas convenu. Il s’épargnerait ainsi les vaines vitupĂ©rations des anciens, sans effets sur la rĂ©alitĂ© et difficilement tolĂ©rĂ©es. Tous deux, pour un instant, nous buvions la mĂŞme coupe d’amertume ; sans espoir de retour pour lui. Ma prĂ©sence accentuait sa dĂ©tresse car la compagnie de la jeunesse, lui faisait regretter la sienne. On ne vit qu’une fois…

Grand-père fit demi-tour et tourna le dos à la plaza. Il marchait à contre-courant du flot des arrivants et je vis –ce fut la seule fois de ma vie- une sorte d’humidité furtive sur ces rides profondes qui barrait son visage. Les larmes d’un vieil homme, désormais sans force, dont le monde s’effondre. Son dernier souhait refusé comme l’on refuse le caprice d’un enfant.

PIERRE VIDAL (Texte publié dans la revue Mexico Aztecas y Toros n°8 -2017)

Lima, cartelazo en Acho

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Les Pedraza reviennent Ă  Garlin

hierro pedraza de yeltes

COMMUNIQUE: La Peña Taurine Garlinoise a le plaisir de vous annoncer la date de la 19ème Novillada de Printemps de GARLIN. Elle se déroulera le DIMANCHE 5 AVRIL 2020, dans les arènes de la Porte du Béarn. Un lot de 8 Toros-Novillos de la ganaderia de PEDRAZA DE YELTES a été retenu, pour une 8ème participation consécutive ! Comme depuis 2013 maintenant, le troisième novillero de la Novillada, sera issu de la Fiesta Campera matinale après vote du public. Les noms des novilleros participant à cette édition, seront communiqués ultérieurement dans la temporada. 

garlin_paseo.jpg

Rion

Dix-neuviĂ©me Ă©dition, Pensez-y dès maintenant !!!

OrganisĂ©e au cĹ“ur des Landes par la peña Toro Blanco de Rion des Landes avec la participation de la peña CrĂ©o QuĂ© Si de Tartas , la fiesta campĂ©ra dans les ARENES DE RION DES LANDES est un rendez-vous important de fin de temporada dans le Sud Ouest

 Samedi 16 novembre

 18h00 : Projection du film « Le chant des arènes Â» de SĂ©bastien Hondelatte

               Echange avec  les torĂ©ros de la fiesta campĂ©ra ( théâtre municipal)

La soirée se poursuivra par un moment convivial autour de tapas et grillades. (salle des fêtes)

Dimanche 17 novembre

A partir de 9h30 devant les arènes casse croûte avec des croupions grillés (carcasses de canards gras) pastis ,café …

11h00 : GRANDE  FIESTA  CAMPERA.

                                                           Avec

                LOPEZ CHAVES  – MANUEL ESCRIBANO – ADRIEN  SALENC

                               KIKE  – JEAN BAPTISTE LUCQ

4 Toros et Novillos  JALABERT (Arles)

                                   1 novillo d’ ALMA SERENA  ( BATS  Cauna )

                            Animation Harmonie municipale de Rion des Landes13H  GRAND REPAS DE L’AFIC

El Galo Ă  Puebla (Mexique)

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Arganda, Rafi au tableau d’honneur

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Castries, le festival du film taurin

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Cartels de Cali

Jeudi 26 décembre. Novillos de Alhama: Gitanillo de América, Diego San Román et Sebastián Hernández.

Vendredi 27. Corrida Goyesca. Toros de Ernesto Gutiérrez : Enrique Ponce, Paco Ureña y Juan de Castilla.

Samedi 28. Festival. Toros de Ernesto Gutiérrez para Enrique Ponce, Sebastián Castella, Luis Bolívar, Paco Ureña, Emilio de Justo et Luis David.

Dimanche 29. Toros de Achury Viejo : El Cid, Emilio de Justo et Luis Miguel CastrillĂłn.

Lundi 30. Toros de Juan Bernardo Caicedo : Sebastián Castella, Luis Bolívar et Roca Rey.

Mardi 31. Corrida concours de ganaderías. Toros de Fuentelapeña, Orbes, Paispamba, Salento, Ernesto Gutiérrez y Guachicono pour Paco Perlaza, Román et Luis David.

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Caveirac

cav08h

Le Figaro virulent Ă©ditorial

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