« Je viens de relire « Figures de la tauromachie » de Jacques Durand, éd. Seghers (1990). C’est une plongée à la fois anecdotique et/ ou intimiste dans la vie  de tous ces toreros d’hier. On n’est pas dans du sensationnel, mais dans le sensible de ces hommes humbles qui se jouent la vie devant un fauve.  De ci de là, apparaissent des personnages haut en couleurs amoureux des Toros comme Matthew Carney.

Ce passage sur Matthew Carney, américain au milieu des Toros et amoureux d’une fête populaire dont les origines datent du XIIe siècle m’a interpellée. Je pense que, au delà de la célébration du saint  San Fermin, l’ancrage vient d’un rite païen qui débute le 6 juillet. Or, nous sommes dans le passage du solstice d’été, période de la maturité de la nature, de l’abondance, des moissons, de la maturation du raisin. Cette richesse, les hommes vont l’ exprimer  par l’exubérance, la liesse, l’enivrement, rappelant un rite dionysiaque. 

 Le Toro est le symbole de cette force, de cette fécondité. Durant l’encierro, les hommes veulent se mesurer avec audace et courage au fauve dans une course folle, ou toucher leur flanc pour s’imprégner de cette virilité fécondatrice.
Et c’est de ces racines profondes nourries de tous les minéraux de la terre que les fêtes tauromachiques séduisent hommes et femmes au delà de l’arc méditerranéen, bravant les frontières et les préjugés, écrivant ainsi une histoire universelle.
Avec mes salutations tauromachiques,
« 
inca virgoarte

MATTHEW CARNEY, CORREDOR DE TOROS

Les trois quarts des Pamplonais n’ont jamais dû lire une ligne des livres de Matthew Carney. Pourtant, ils connaissent tous ses œuvres complètes de San Ferminero. Matthew Carney, « Mateo » comme Pampelune l’appelait affectueusement, écrivain bohème américain d’origine irlandaise, docteur en philosophie diplômé de la Sorbonne, courait l’encierro, dansait et chantait la jota, était membre de la Peña Adenaitasuna, buvait tard dans la nuit du rosé de Navarre au comptoir de Marceliano, était entre le 7 et le 14 juillet, pour San Fermin, un San Ferminero qui parlait l’espagnol avec l’accent de New York à des femmes très brunes de robes très rouges. Rentrer dans les arènes de Pampelune à 8 heures et quelques minutes du matin en courant à côté d’un taureau de combat, la main posée sur son flanc, comme on accompagne un ami de 600 kilos, vaut bien quelques succès en librairie, une phrase heureuse et l’admiration des lecteurs. Ça devait valoir plus pour Mateo. Matthew Carney, qui avait un physique du cow-boy de Marlboro et portait chaque matin à San Fermin d’impeccables tenues blanches est mort d’un cancer à soixante-six ans, le 24 décembre dernier. Avant de mourir, Mateo a envoyé une lettre d’amour à Pampelune et à sa fête. Il y écrit qu’il aurait aimé avant de passer de l’autre côté de la barricade toucher chacun des habitants de Pampelune pour leur dire merci. Il y écrit aussi que la philosophie de la générosité se manifeste pendant l’encierro qui consiste à se mettre dans le danger pour devenir joyeux. Il dit également qu’il est en train de mourir mais sans tristesse, et on peut lire entre les lignes que c’est sans doute à cause de Pampelune qu’il « aime et ne reverra plus ». Il signe Mateo Carney, Corredor de Toros.

Merci à « inca vigoarte » (?) pour ce beau texte de notre ami Jacques Durand. Merci de continuer à nous envoyer vos textes rares ou préférés sur la tauromachie : pierrevidal.ratabou@orange.fr