Plaza de toros de Sanlúcar de Barrameda (Cádiz). Samedi. Lleno de ‘No hay billetes’; aforo réduit. Corrida de la Primavera, télévisée en direct.

Toros de Juan Pedro Domecq (5º bis, remplaçant le titulaire en raison de sa corne cassée contre le burladero) et Parladé (4º),

ENRIQUE PONCE, palmas et palmas. 

MANUEL DÍAZ ‘EL CORDOBÉS’, oreille et vuelta al ruedo.

EMILIO DE JUSTO, deux oreilles et vuelta al ruedo. 

Le banderillero Ángel Gómez a salué au sixième.

El Codobes a fait son retour avec le toro « El Remendon »

Corrida très attendue que celle de ce jour en Sanlucar, d’abord pour le retour du Cordobés personnage charismatique et débordant largement le cadre du milieu taurin ( trois chaines de télévision étaient présentes, c’est dire!) mais aussi parce qu’il s’agissait de la première corrida importante de la saison en Andalousie. Elle venait le lendemain du renoncement de l’empresa Pages à organiser le cycle prévu à Séville. Le fait que la petite ville de Sanlucar, souvent moquée des sévillans ait pris le relais de la capitale provinciale est assez symbolique. Le coso del Pino était donc au centre de la planète taurine. C’est une belle revanche de l’aficion locale modeste, chaleureuse et bien vivante.

Les toros de Juan Pedro Domecq avaient une présentation conforme à l’événement: forts, homogènes et commodes de tête. Ils ont donné le jeu que l’on attendait d’eux: nobles sans mièvrerie sauf le quatrième poussif allant aux planches; le sixième excellent sur la corne droite, transmettait beaucoup. Il y eut pout lui, une demande d’indulto -c’est une des traditions du coso del Pino-, malgré ses qualités, il ne pouvait en être question. La tarde fut d’ailleurs marquée plus par le sérieux que par l’enthousiasme parfois exagéré qui domine parfois en ce lieu.

Enrique Ponce ne rajeunit pas même s’il a encore de beaux restes. Saluons une fois encore son aficion doublée de cette volonté d’éternelle jeunesse qui l’habite -comme vous et moi. Mais contre le poids des ans que faire? Il y eut de bons moments dans les deux travaux du torero de Chiva tout en donnant un sentiment aussi d’altibajos, là où Enrique aurait conduit des ouvrages complets. On se contenta de scories brillantes éclairant ça et là des trasteos décousus par ailleurs. Le torero restant prudent et ne se lâchant que dans de rares moments. Il eut du mal avec l’acier, en particulier à son second passage et récolta un succès d’estime.

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Beaucoup d’estime aussi pour El Cordobés qui revenait d’une lésion dont beaucoup pensait qu’elle l’éloignerait définitivement des ruedos. Mais on sait que le mot impossible n’existe pas dans le lexique taurin et à force de volonté il était à la fête en ce jour et comme toujours preniat plaisir à en être. Manuel avait donc un capital de sympathie dès le départ. Il en joua, avec son habileté coutumière, sérieux mais prudent à son premier passage, plus naturel à son second où il a fait du Cordobés comme on l’attendait avec ses marques de fabriques comme el salto de la rana. Même si ce n’est pas notre tasse de thé reconnaissons son charisme, sa capacité à plaire à un large public. Manolo a donc, tant pis pour les tenants de l’orthodoxie, sa légitimité.

Peut être une image de une personne ou plus, animal et plein air

C’est Emilio de Justo qui a produit le meilleur toreo. Il l’a fait une fois encore à la cape (à son premier surtout) et à la muleta face à ses deux adversaires. Ce qui séduit chez Emilio (Sanluqueño d’adoption) c’est ce mélange de clacissisme qui le conduit à s’engager dans les règles et ce sens de l’esthétique désormais abouti comme on a pu le voir face à l’excellent sixième qui se prêtait au « beau » toreo qu’il a su pratiquer conduisant le Domecq avec temple par le bas, sans heurt en se’abandonnat avec confiance. Ses échecs à l’épée ne lui ont pas permis d’ajouter au compteur mais tout le monde aura vu, grace à la télévision, qu’ Emilio est un élément indispensable désormais. Il a atteint le groupe de tête en y faisant une entrée incontestable. C’était son rêve le plus cher comme il l’a expliqué à Antonio Arévalo dans son livre https://www.editions-cairn.fr/editions-gascogne/1488-emilio-de-justo-les-cles-du-triomphe-9782366661316.html.

La suite de la temporada démontrera cette vérité.

Pierre Vidal