Bayonne vendredi. Corrida Blanche; 90ème anniversaire des fêtes. Autour de 3/4 d’entrée.

6 Toros de Conde de Mayalde

Domingo Lopez Chaves , ovation et saluts et ovation et saluts.

• ALEJANDRO TALAVANTE, oreille et silence. 

• TOMÁS RUFO, ovation et saluts et oreille.

Grande entrée pour cette corrida des fêtes qui dément toutes assertions mal intentionnées: car oui la corrida intéresse un public large et notamment les jeunes venus en masse à Lachepaillet. On y avait soigné les détails avec une décoration très réussie, blanche à l’unisson de la tenue de rigueur des festayres, discrets d’ailleurs.

Ensemble de présentation homogène de Mayalde, les trois derniers plus rématés que les premiers; tous bien défendus. Au moral, il y eut du positif avec les trois premiers discrets sous le fer mais nobles; le second à inscrire au tableau d’honneur pour la classe de sa charge; le quatrième brusque et âpre, le cinquième manso, aux planches, et le sixième noble mais soso, sans transmission.

Parfait chef de lidia, Domingo Lopez Chaves ouvrit les débats par deux largas de rodillas face à un bon Mayalde. Sa faena fut sérieuse, menée avec sérénité, officio, dans un bon rythme mais avec une certaine froideur, une distance qui caractérise le salmantino. Une entière basse en termina avec l’opposant et il n’y eut qu’une poignée de mouchoirs. Belle ovation néanmoins qui montre que l’affaire avait été suivie avec intérêt par le public. On retrouva le volet batailleur de Domingo face au coriace cinquième. Il ne lâcha rien et sut assujettir le rétif. Il y eut à ce moment là des moments profonds à gauche surtout qui se conclurent par une entière tombée et à nouveau la reconnaissance des tendidos.

Alejandro Talavante jouait gros dans cette affaire. Il lui fallait démontrer qu’il revenait meilleur encore que par le passé. Il y avait dans sa stratégie de retour et celle de son mentor Joselito une opportunité; une vraie fenêtre de tir pour ce passage à Bayonne. Il était donc très décidé. De fait on le vit briller à la cape prenant le dessus sur son jeune compétiteur Tomas Rufo bien décidé pourtant à lui contester son spectre. Face au meilleur élément de l’envoi, le second Mayalde, il frôla la perfection à la muleta: avec ce sens du rythme, cette douceur lascive, cet engagement aussi, cocktail très personnel qui fait son originalité. Une grande estocade et une oreille de poids. Il nous plut aussi par la suite face à un manso qu’il entreprit dans les planches en ne lâchant rien jusqu’au bout. Ce passage encimiste ne fut pas du goût de tous : il est pourtant le symptôme d’un désir de vaincre assez remarquable. Il craignait sans doute le dernier épisode de la course, que le passage de Rufo n’éclipse son étoile. Il n’avait pas tort…

Assez terne à sa première sortie, Tomas Rufo, qui avait néanmoins montré qu’il avait déjà du métier, emporta, en effet, le morceau face au dernier Mayalde, docile, peu contestatire, qui prenait le leurre comme on prend le train de banlieue: sans expression. Son mérite fut de transcender cette soseria et de bâtir un trasteo sans concession qui toucha les gradins d’emblée. Cette faculté de connexion avec le public, rare, fut en définitive décisive. Faena enlevée, menée des deux côtés, avec facilité, allurée en naturelles, sans jamais perdre cette connexion remarquable avec le « respectable ». C’est ainsi qu’il coupa un trophée et sortit sous une immense ovation. Les temps changent, une nouvelle génération est là et sans doute Talavante ne l’avait-il pas prévu lors de sa retraite inopinée débutée à Saragosse.

Pierre Vidal

Photos Bruno Lasnier