Plaza de toros de Villeneuve de Marsan. Mardi. Plus de 3/4 d’arène.

Toros de Robert Margé. Le sixième vuelta al ruedo. 

Thomas Dufau, deux oreilles après un avis et silence; 

Adrien Salenc, oreille et deux oreilles; 

Dorian Canton, ovation après avis et deux oreilles après avis.

Salut de Gomez Escorial après avoir banderillé le second toro.

A l’issue du paseo une minute d’applaudissements a été observée à la mémoire de Bernard Roumat, ancien maire de Villeneuve.

Les trois matadors et le mayoral sont sortis en triomphe.

Le président du Club taurin local, Jacques Gruet, et ses amis voulaient rendre un hommage au fameux saut des toreros français dans le ruedo de Saint-Sever, il y a (déjà!) cinquante ans. Ce n’était pas pour rien que ce geste de révolte, quasi désespéré avait été effectué; en effet c’est un cartel entièrement tricolore qui nous était présenté sur la piste villeneuvoise: avec trois matadors français, un élevage français et une pléiade de professionnels français, banderilleros, mozos de espadas, apoderados, etc. Que cela se passe sur cette piste glorieuse où ont défilé des toreros du calibre de Rafael de Paula, Espartaco ou Curro Romero (et d’autres) cela n’était pas indifférent non plus. Et cela a réussi… Succès public et artistique.

Les toros de Robert Margé sont allés de menos à mas du point de vue de leur présentation : les trois derniers les plus sérieux. Peu actifs sous le peto, ils ont été nobles en général avec de la classe mais parfois justes de force et ainsi manquant un poil de transmission. On distinguera le premier et le sixième; les plus spectaculaires. L’envoi du ganadero bitterois, dans son ensemble, permit aux toreros de s’exprimer.

Thomas Dufau, l’hôte de ces lieux en quelque sorte, le matador aquitain au plus brillant curriculum vitae de l’histoire, fut à son premier toro à la hauteur de ce passé remarquable. Il ouvrait les débats, ce n’est jamais facile, mais par sa classe, son bon goût et son autorité il sut se mettre au niveau de ce bon Margé qu’il accueillit au centre par statuaires immobiles. Faena bien construite à laquelle le public adhéra et qui fut conclue par une entière tombée d’effet rapide: double récompense du palco. Un ton au-dessous lors de son second passage; mais l’essentiel n’avait-il pas été dit?

Un tout autre concept que celui d’Adrien Salenc très décidé toute la soirée avec une entrega qui faisait plaisir à voir et qui attira comme de juste la sympathie du public. Très engagé à l’épée il obtint ainsi un premier trophée. Il se jeta comme un mort de faim sur le cinquième aux qualités incertaines. La musique s’étant tue, il la relança et repartit, alors que les lampions semblaient éteints, pour trois séries remarquables d’engagement qui permirent au Margé de rompre et de se montrer sous son meilleur aspect. Une entière d’effet rapide et une double récompense. A son crédit aussi un quite sensationnel par largas afaroladas qui évoquait la Monumental de Mexico qui, espérons-le, réouvrira bientôt.

Enfin, Dorian Canton revenait sur le sable où il prit l’alternative. C’est à son second passage, face au dernier de la soirée que l’on prit la mesure de ses étonnants progrès. Ce fut, face à ce bon Margé (de vuelta), une remarquable succession de séries templées, embarquant l’animal par le bas le plus souvent dans un rythme doux et subtil. Tout cela enchanta, à juste titre, le « respectable » séduit par cette classe, cette élégance inédite. Nous tenons avec le torero béarnais une pépite. Une entière d’effet rapide. Il est juste d’ajouter que Dorian se fit remarquer aussi par la profondeur de son capote à ses deux passages.

La soirée se termina sur cette note excellente dans un enthousiasme de bon aloi car pour une fois il y eut « prophètes en leurs pays« . Quel chemin parcouru depuis Saint-Sever!

Pierre Vidal

Photos Pierre Delhoste