Auteur/autrice : Pierre Vidal Page 1 sur 268

Le prix Tio Pepe à la jeunesse

FSTF 105e Congrès – Prix El Tio Pepe 2022

Chaque année, la FSTF attribue le Prix El Tio Pepe en référence au regretté revistero Jean-Pierre DARRACQ. 

Elle récompense ainsi une personne physique ou morale qui a œuvré au cours de la temporada écoulée pour la défense de la corrida, le maintien de son éthique et pour le respect de l’intégrité du taureau de combat. 

La FSTF, accueillie à Orthez par la Peña La Lidia, a décidé en Assemblée Générale de saluer le puissant engagement des Jeunes Aficionados qui ont mené leur combat du Sud-Est au Sud-Ouest pour promouvoir la corrida, en particulier auprès des médias nationaux et régionaux et auprès des élus. 

On leur doit notamment la campagne #oui à la corrida ayant conduit à l’affichage médiatique de la corrida et des tauromachies ces dernières semaines dans la presse quotidienne, les périodiques, les télévisions… 

Sont lauréats du Prix El Tio Pepe 2022, les collectifs suivants :  

Union des Jeunes de Provence et du Languedoc, 

Union des Jeunes d’Aquitaine, 

Touche pas à mes passions, 

Union de la Jeunesse Taurine Française 

 Communiqué de la FSTF

Au Mexique ce week-end

Xmatkuil (Mérida) Yuc.- Plaza “La Esperanza”. Deuxième course de la féria. Trois quarts d’entrée parun agréable après-midi. Quatre taureaux Fernando Lomelí, bien présentés et avec peu de jeu en général. Poids : 490, 505, 520 et 500 kilos.

Antonio García “El Chihuahua”: Silence et oreille.
Jesús Enrique Colombo : Ovation et ovation après avertissement.

Guadalajara, Jal.- Plaza “Nuevo Progreso”. Cinquième et dernière de la saison. Entrée moyenne par un après-midi agréable. Deux taureaux de La Venta del Refugio pour rejones (1er et 4e) et cinq de San Constantino (7e en cadeau), bien présentés, le 7., ce dernier récompensé par une traînée lente après une forte demande de grâce qui n’a pas été accordée. Poids : 465, 505, 500, 510, 505, 490 et 500 kilos.
Le rejoneador Diego Ventura : Ovation et ovation.

Arturo Macias et le ganadero en triomphe (photo EM)

Arturo Macías (mauve et or): Oreille, ovation et deux oreilles au toro de regalo.

Diego San Román (bleu paon et or) : Ovation et oreille.

Guadalajara, Jal.- Cortijo “Los Fernández”. Fête taurine pour les 25 ans de l’hacienda. Trois quarts d’entrée par un agréable après-midi.

Novillos de différents élevages par ordre d’apparition : San Isidro, Chinampas, San Constantino, San Isidro Paviche et Lalo Santa Cruz (6e, en cadeau) de comportement varié parmi lesquels le 2e s’est démarqué. il a beneficié une traînée lente.

José Antonio Ramírez “El Capitán”: Oreille.
Antonio Ferrera : Deux oreilles.
Léo Valadez : Ovation.

Héctor Gutiérrez : Ovation et ovation au toro de regalo.

.San Luis Potosí, SLP.- Plaza “El Paseo-Fermín Rivera”. Corrida 1 tiers d ‘entrée, l’agréable soitée. Sept taureaux colorados (7e, en cadeau), bien présentés, vec un jeu varié, dont le 4e s’est démarqué. et 5e., celui-ci a béneficié d’ une traînée lente.
Jorge Hernández Gárate : Ovation et deux oreilles.
Diego Ventura : Ovation et deux oreilles.
Fauro Aloi : Retour, ovation et oreille en cadeau

“Labrit”, cheval vedette de PHM est mort

La mort du cheval vedette de la cuadra de Pablo Hermoso de Mendoza “Labrit” est intervenue samedi dernier d’un accès de coliques à l’age de 31 ans. Il intervenait lors du tiers de salida et il était d’origine Luso-arabe. Il rejoint de ces chevaux d’exception comme Cagancho, Mazzantini, Martincho, Gallo qui ont brillé dans toutes les arènes du monde.

La (belle) vie continue à Saint-Laurent d’Aigouze

Festival Tore’Art entretenu pour le baisser de rideau de la temporada 2022…

Beau temps pour la saison, arènes pleines. Trois novillos de Gallon frères puis deux de Fernay.

La course a été précédée par une minute de silence en hommage à Xavier Guillot, du domaine et la manade de Méjanes, récemment décédé.

Javier Conde : saluts.

Octavio Chacón : deux oreilles.

Carlos Olsina : oreille.

Lalo de María : deux oreilles.

Joachim Cadenas : deux oreilles.

Ce que l’on retiendra en premier lieu de ce festival, c’est l’excellent état d’esprit qui l’a animé, les aficionados étant venus en nombre pour passer un moment d’aficion festif, histoire de savourer au grand air le ballon d’oxygène salutaire venu récemment de la capitale…

jc27h

Javier Conde a ouvert le bal, sans danser avec la plus belle. Certainement trop piqué, son novillo eut plus tard du mal à s’employer, la faena brindée à Romain Pérez tardant dès lors à prendre de la hauteur. Quelques pinceladas de bon goût toutefois, avant que Javier ne passe le témoin à un jeune Malagueño, Fran Jérez, venu dans ses bagages. 

och27h

Octavio Chacón s’illustra au capote avant de faire préserver son opposant à la pique. Bien lui en a pris et après un début par le haut, plusieurs tandas bien liées et ajustées lui ont valu l’assentiment des gradins. La suite s’avéra plus encimista, Octavio concluant l’affaire par entière. Double récompense méritée et chaleureusement fêtée.

co27h

Carlos Olsina se distingua au capote avant de faire peu piquer à son tour son adversaire. Bonnes séries conclues par un sympathique geste de compañerismo envers Javier Conde, le Biterrois l’invitant à prendre le relais, ce qu’il a fait dans son style si personnel, en étalant une race torera qui le caractérise. Carlos répliqua ensuite en terminant de bien belle façon par un superbe remate avec… son sombrero ! Conclusion en deux envois.

lalo27h

Lalo de María se signala d’emblée, face à son Fernay, par son allure et son style si personnels, se faisant ovationner à la muleta pour une gestuelle et une entrega générant une bonne connexion avec les étagères. Une sortie réussie sous les yeux de son mentor José Antonio Campuzano avec à la clé deux trophées mérités.

jc27h1

Joachim Cadenas a fermé la marche avec succès. Cet as du crochet s’était déjà fait connaitre l’an dernier au même endroit et une nouvelle fois, il s’en est sorti avec les honneurs, mettant beaucoup de conviction dans ce qu’il entreprenait, y compris aux banderilles qu’il partagea avec Chacón et Lalo. Quelques bonnes séquences avec la flanelle sont venues mettre fin à cette tarde, non sans que l’aspirant du CFT Clovis Germain ait eu l’occasion d’étaler son envie et son savoir-faire avant le coup de sifflet final ! 

Enhorabuena à tous les participants, aux organisateurs, à commencer par José Gomez et à tous ceux qui par leur implication à divers titres, ont contribué au succès de l’opération…

Paul Hermé www.torofiesta.com

Voir la vidéo de Feria TV :

https://feria.tv/video/4231/toreart-2022/?fbclid=IwAR3Z6fz5I23kv6Na6n2qyJihjUzy2t6NNrgOH4Xy2pUBHs20hvgps_CCusY

Morante récompensé à Londres

Morante reçoit la reconnaissance des aficionados britanniques lors du déjeuner d'anniversaire Club Taurin de Londres au Orienta Club à Londres. 

Le Figaro sur “l’affaire Caron”: “Muleta sociétale”

Midi Libre: “Caron l’arnaqueur citoyen”

Dans son “Poivre & Sel” dominical, le directeur de la rédaction de Midi Libre Olivier Biscaye s’interroge sur les intentions parlementaires du député LFI Aymeric Caron au lendemain de sa pantalonnade sur la corrida.  

“Si la bouffonnerie avait un prénom, elle porterait celui d’Aymeric. Si la non-exemplarité avait un nom, elle s’appellerait Caron. Oui, c’est ça, l’escroquerie en politique aurait pour définition Aymeric Caron, député LFI de son état et arnaqueur citoyen.

L’élu des plateaux télé s’est vautré dans le mépris

On a une pensée émue pour toutes celles et tous ceux qui ont imaginé un instant pouvoir lui faire confiance, en particulier ses collègues parlementaires investis sur le dossier de bonne foi. Dans son combat contre la corrida, l’élu des plateaux télé s’est vautré dans le mépris, laissant en rase campagne des milliers de bénévoles et d’associations mobilisés sur le terrain. Quoi qu’on en pense, c’est moche.

Député-spectacle en buzz permanent

” Quand on a décidé d’aller au combat on y va jusqu’au bout, quoi qu’il arrive “. C’est pas moi qui le dis mais Claire Starozinski, la présidente de l’Alliance anticorrida, Gardoise de cœur, aussi consternée que déçue après le retrait du texte porté par Caron à l’Assemblée nationale, prétextant l’obstruction de ses opposants.

Cette pantalonnade nous surprendrait-elle ? Pas le moins du monde ! Elle illustre bien la dérive à laquelle nous assistons depuis des mois maintenant, une Assemblée où l’on préfère les clowneries et l’invective aux échanges de fond et au respect de la parole donnée.

Aymeric Caron est l’archétype du député-spectacle en buzz permanent. Il fait du bruit, s’agite mais ne produit rien de sérieux. La cause défendue ? Un faire-valoir ? Les électeurs ? Un prétexte. Et l’honnêteté dans tout cela ? A géométrie variable. Résultat ? Détestable”. 

MIDI LIBRE

Adrian de Torres au Mexique

Jean-François Nevière : “Un combat contre l’art”

Photo Sud-Ouest

C’est fait, disent-ils, la corrida est sauvée.

Ah bon? La reculade minable et sournoise de l’antispéciste Caron( Caron de Bon marché comme on dit à Séville, où on se barbe moins qu’ici!)ne nous met pas à l’abri de tous ces soi-disant débats pour ou contre la corrida et le dernier exemple en date,  et non le moindre, est l’émission de Cyril Hanouna voici trois jours à laquelle étaient conviés deux”pour”, Yannis Ezziadi, journaliste à Causeur et Marc Serrano  matador , opposés à la militante animaliste Solveig Halloin.

De débat il n’y eut point. La dame en question s’était barbouillé la main et l’avant bras qu’elle tint au dessus de sa tête , doigts dressés comme des cornes , hurlant sans discontinuer pendant un bon quart d’heure, empêchant ses ‘interlocuteurs de placer la moindre phrase tant la logorrhée de l’animaliste , son irrespect et sa haine occultaient tout débat.

Mais  si ce n’avait été que cela.  Ce fut plus grave , beaucoup plus.

Marc Serrano finit , de guerre lasse par quitter le plateau .La donzelle hurla de plus belle que Philippe Caubère qui défend la corrida est un violeur qui( sic) se branle devant la SHOA des animaux( sic)qu’il faut d’urgence descendre dans les arène pour tuer les toreros, leur arracher les oreilles et la queue( sic), égorger deux qui assassinent les petits veaux(sic..,?).

J’arrète là. Le buzz n’a pu que satisfaire le sieur Hanouna, mais les choses peuvent elles en rester là ? Accusations de viol, appel au meurtre, diffamations en tout genre…cette femme , qu’elle soit folle ou non ne peut continuer impunément son cirque. Caron, Solveig Halloin, et tant d’autres  livrent le même combat contre l’art.

A Montherlant qui parlait du culte mithraique à propos de son évolution vers la corrida espagnole, quelqu’un interrogea: Vous avez dit mithraique, qu’est ce que c’est ? Alors l’écrivain expliqua qui était Mithra, et l’autre de lui répondre“: c’est trop vieux, on s’en fout“. Et Montherlant de répondre “vous avez bien raison vous vous sentez plus léger en ne sachant rien”.

Je suis aficionado a los toros, de plus en plus, et fier de l’être.

Jean François Nevière

Président de Mexico Aztecas y Toros

le 26 11 2022

L’ éclairage esentiel du philosophe Jean-Claude Michéa sur “l’affaire Caron”.

Le philosophe Jean-Claude Michéa, landais d’adoption, qui compte des lecteurs fervents parmi la jeunesse, et qui apparaît rarement dans les médias vient de donner au Figaro un interview essentiel pour comprendre ce qui vient de se passer avec l’épisode Caron. Il s’agit de notre point de vue d’une des analyses les plus pertinentes de ces récents événements bien qu’elle soit passée un peu inaperçue qui nous a été signalée par un ami fidèle. Pour que l’on ne risque pas de “passer à côté” nous la reproduisons ici:

PROPOS RECUEILLIS PAR eugénie bastié

LE FIGARO. – Cette semaine ont eu lieu d’intenses débats sur la corrida après l’inscription à l’ordre du jour d’une proposition de loi du député LFI Aymeric Caron – finalement retirée -visant à l’interdire. Vous vivez dans les Landes, pays de tauromachie… Que vous ont inspiré ces débats ?

Jean-Claude MICHÉA. – Ayant passé l’essentiel de ma vie à Montpellier (les choses auraient sans doute été différentes si j’étais né à Nîmes ou Béziers), l’univers de la corrida – et, d’une façon générale, celui de la culture taurine – m’est, au départ, tout à fait étranger. Même si, bien sûr, l’incroyable étroitesse d’esprit dont font preuve la plupart des opposants à la corrida (de même que leur sidérante indifférence à l’histoire et à l’anthropologie) me frappait déjà à l’époque. Vous aurez certainement remarqué, en effet, que si l’aficionado tient généralement à rappeler qu’il comprend parfaitement, pour sa part, qu’on puisse détester la corrida, la réciproque, en revanche, ne peut jamais être vraie. C’est qu’un (ou une) « anti-corrida » vit précisément toujours, par définition, son propre refus de chercher à comprendre qu’on puisse trouver la moindre valeur à un spectacle aussi « barbare », comme un signe supplémentaire de sa supériorité morale et humaine. Attitude typiquement néocoloniale, en somme, et contre laquelle Lévi-Strauss nous avait pourtant mis en garde dans Race et histoire : « Le barbare, y observait-il (Montaigne disait d’ailleurs la même chose quatre siècles plus tôt), c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie. »

Que répondez-vous à ceux qui affirment que la corrida est tout simplement un acte de torture ?

Que c’est bien sûr une absurdité ! Un torero risque sa vie (ou du moins de graves blessures) chaque fois qu’il affronte un taureau de combat. Klaus Barbie, lui, ne risquait rien chaque fois qu’il torturait Jean Moulin ! Et si on cherchait l’exemple d’une mort particulièrement atroce infligée à une bête incapable de se défendre, on devrait plutôt songer, au passage, aux milliers de brebis égorgées chaque année par ces loups que les amis d’Aymeric Caron semblent pourtant prendre le plus grand plaisir à réintroduire auprès des derniers bergers. Notre village célébrant chaque été le passage de la transhumance, c’est là un type de « souffrance animale » auquel je suis forcément très sensible !

La volonté d’abolir la corrida ne va-t-elle pas dans le sens de l’histoire, celle d’une proximité plus grande avec la souffrance animale ?

J’avoue ne pas trop savoir ce que signifie le « sens de l’histoire » (sauf à le confondre avec les progrès planétaires de la logique libérale et du capitalisme !). Et quand, par ailleurs, vous vivez quotidiennement comme c’est maintenant mon cas depuis maintenant plus de six ans – entouré de renards tournant sans cesse autour de vos poules et de vos canards ou de sangliers qui menacent en permanence vos cultures et vos chiens, vous apprenez très vite à ne plus vous en remettre à la vision Walt Disney (autrement dit métropolitaine) de l’animalité. C’est que la mort animale est ici une réalité quotidienne, le plus souvent causée, d’ailleurs, par d’autres animaux (et parfois même de la même espèce). Le problème est que c’est aussi une réalité à laquelle les habitants des grandes métropoles sont devenus presque structurellement étrangers. Dans leur monde aseptisé, simplifié, et coupé de tout lien véritable avec la nature, la mort (y compris celle des humains) se voit en effet méthodiquement tenue à distance, la société « inclusive » (synonyme aujourd’hui de libéralisme intégral) devant désormais être conçue – sur le modèle des campus de l’Amérique woke – comme un immense safe space (ou un immense parc Disney).

Vous avez souvent écrit que le « progressisme » sociétal contribuait à la destruction des cultures populaires, faisant, in fine, le jeu du capitalisme. Est-ce là aussi le cas ?

C’est bien la clé ultime de tout ce psychodrame. Le grand historien marxiste anglais E. P. Thompson a effectivement mis en lumière – comme d’ailleurs Gramsci avant lui – le rôle absolument déterminant que jouent la plupart des traditions populaires dans la résistance des « gens ordinaires » à l’uniformisation capitaliste de leur vie quotidienne par le Droit et le Marché. Et, de fait, dès que vous commencez à vivre dans les Landes, vous découvrez très vite que la corrida – au même titre que la chasse à la palombe ou le rugby – contribue en effet de façon décisive à maintenir et protéger cette sociabilité populaire (notamment dans les communes rurales) qui repose encore de façon massive sur les rapports d’entraide et la logique du don (ou, si on préfère le langage orwellien, sur la commondecency). Il suffit d’ailleurs de participer chaque année aux fêtes de la Madeleine de Mont-de-Marsan (ou, plus simplement encore, à n’importe quel repas organisé par le foyer rural) pour s’en rendre compte sur le champ. Mais c’est, ici encore, une réalité dont les habitants des grandes métropoles ont généralement perdu jusqu’au souvenir, au point que leurs « sociologues » de métier ont sincèrement fini par croire qu’elle a partout totalement disparu d’où, entre autres, leur mépris moutonnier à l’endroit des travaux de Christophe Guilluy (géographe révélé au grand public par ses livres sur la France périphérique, NDLR). L’actuelle croisade de classe contre la corrida – dont le pauvre Aymeric Caron n’est que l’idiot utile (un rôle dans lequel, cela dit, il est toujours parfait !) ne peut donc être entièrement comprise que si on la réinscrit d’abord dans un projet politique beaucoup plus général : celui d’éradiquer définitivement tous les obstacles culturels (au premier rang desquels, naturellement, la plupart des traditions populaires encore vivantes) au développement sans réplique (ou « sans la moindre limite morale ou naturelle », comme l’écrivait Marx) du Marché « autorégulé » et uniformisateur. Il ne faut donc pas se leurrer. Cette offensive en règle contre la corrida n’est en réalité que la première étape – ou le galop d’essai – d’un processus « néolibéral » visant à « déconstruire », à terme, toutes les formes d’autonomie et de culture populaire. Il n’est donc pas nécessaire d’être soi-même un amoureux de la corrida pour comprendre tout ce qui est en jeu dans cette croisade de classes.

Faut-il voir dans cette volonté d’abolir la corrida un symptôme du clivage profond entre France des métropoles et France périphérique ?

Sans aucun doute ! Il faut bien comprendre, en effet, que la révolte des « gilets jaunes » a montré aux élites dirigeantes françaises – qu’elles soient économiques, politiques ou « culturelles » – le danger mortel que représentait pour leur système de privilèges une révolte populaire dont le point de départ géographique ne serait plus le monde métropolitain (à l’image de l’inoffensif Nuit debout) mais bel et bien la « France périphérique » (celle des « ronds-points »). Or, la corrida constituant pour des raisons historiques évidentes une tradition essentiellement sudiste, ces élites tenaient donc là une occasion rêvée de diviser les classes populaires de cette France périphérique en exploitant cyniquement les différences culturelles qui existent inévitablement entre les classes populaires du « Nord » – par définition entièrement ignorantes de tout ce qui se joue réellement dans une corrida – et celles du « Sud ». De la même façon, en somme, qu’elles n’hésitent jamais à instrumentaliser les différences hommes-femmes, « Blancs »-« racisés » ou même générationnelles dans le but d’« invisibiliser » les antagonismes de classe réels sur lesquels repose la société capitaliste.

Que dit cette nouvelle « conquête » sociétale de l’évolution de la gauche ?

Elle en dit assurément très long sur le processus d’américanisation culturelle de la gauche française. Et notamment de LFI, passée en quelques années de la ligne de Front populaire incarnée par François Ruffin à celle libérale-woke (que symbolisent désormais Aymeric Caron et Mathilde Panot). Le recours croissant de LFI à une rhétorique « gauchiste » à l’ancienne ne doit donc pas nous induire en erreur. Elle est essentiellement destinée à masquer, en réalité, le ralliement effectif de cette formation à la stratégie que définissait en 2011 la célèbre note de Terra Nova. C’est-à-dire au principe d’une alliance privilégiée entre les nouvelles classes moyennes des grands centres métropolitains et les différentes « minorités » sexuelles, ethniques ou autres. Il est clair que ni la corrida ni la France populaire périphérique dans son ensemble ne sauraient avoir de véritable place dans cette alliance netflixienne (et logiquement contradictoire) entre le burkini et la trottinette électrique ! ■

* Dernier ouvrage paru : « Le Loup dans la bergerie. Droit, libéralisme et vie commune » (Flammarion)

file:///C:/Users/Pierre/Downloads/lefigaro_261122.pdf

Page 1 sur 268

© 2022 Corridasi - Tous droits réservés